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Barrage de Kariba : en 1965, ils ont englouti 8 500 km² de forêt – le bois intact sous l’eau vaudrait aujourd’hui jusqu’à 3 milliards de dollars

Sous la surface calme du lac Kariba, entre la Zambie et le Zimbabwe, se trouve une forêt fantôme. Des troncs gigantesques reposent encore debout ou couchés dans les profondeurs, préservés par le manque d’oxygène et de lumière.

Ce patrimoine englouti attire aujourd’hui des entreprises, des plongeurs et des acheteurs de bois précieux. Car ce qui fut considéré comme une perte inévitable lors de la construction du barrage pourrait représenter une ressource économique considérable.

Le barrage de Kariba a transformé un fleuve et déplacé des populations

Le barrage de Kariba a été construit sur le fleuve Zambèze à la fin des années 1950. Son objectif était clair : produire de l’électricité grâce à l’une des plus grandes retenues d’eau artificielles du monde.

Le lac Kariba a commencé à se remplir en 1958. Il atteint aujourd’hui environ 280 kilomètres de long et couvre près de 5 600 km² à son niveau maximal. Le chiffre de 8 500 km² souvent repris dans certains récits correspond à des estimations plus larges des terres, boisements et espaces affectés par le projet, mais la surface du lac elle-même est inférieure.

L’inondation a bouleversé la vallée du Zambèze. Des milliers de personnes, notamment des communautés Tonga, ont été déplacées. La faune a aussi dû être sauvée lors de l’opération Noah, une vaste campagne menée pour déplacer des animaux piégés par la montée des eaux.

Au milieu de ces conséquences humaines et écologiques, les arbres de la vallée ont reçu moins d’attention. Pourtant, de grands peuplements de bois durs africains ont disparu sous l’eau sans être exploités au préalable. C’est précisément là que se cache la valeur actuelle du site.

Le trésor immergé est du bois ancien, pas du bois fossile

Le bois en question est souvent appelé bois submergé ou bois immergé. Il ne s’agit pas de bois pétrifié ni de bois fossilisé. Ce sont des arbres coupés ou arrachés lors de l’inondation, puis restés pendant des décennies sous les eaux du lac Kariba.

Dans de bonnes conditions, l’eau peut ralentir fortement la décomposition. Le manque d’oxygène limite l’activité de nombreux champignons et micro-organismes responsables de la pourriture. Le bois doit toutefois être examiné pièce par pièce : immersion ne signifie pas conservation parfaite.

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Les essences recherchées dans la région incluent notamment le teck africain, le mukusi, le mopane, l’acajou africain selon les zones, ainsi que diverses essences locales très denses. Leur valeur dépend de l’espèce, du diamètre des grumes, de leur état, de leur accessibilité et de la demande du marché.

Les estimations de plusieurs milliards de dollars reposent sur le volume théorique de bois exploitable et sur les prix potentiels de bois de qualité. Elles doivent être prises avec prudence. Entre un tronc repéré sous l’eau et une planche vendue, il existe des coûts majeurs : repérage, récupération, transport, sciage, séchage, contrôle sanitaire et commercialisation.

Mais cette réserve intéresse réellement le secteur forestier. Récolter du bois déjà submergé peut, dans certains cas, limiter la pression sur les forêts terrestres encore intactes. Encore faut-il mener cette activité sans fragiliser le lac.

Pourquoi le bois du lac Kariba peut avoir une grande valeur

La valeur ne vient pas seulement de l’âge des arbres. Elle repose d’abord sur la rareté de certaines essences et sur la taille de grumes issues d’une forêt ancienne. Les arbres de grande dimension sont aujourd’hui plus difficiles à obtenir dans les forêts exploitées.

Le bois récupéré peut servir à fabriquer des meubles, des parquets, des placages décoratifs, des panneaux haut de gamme ou des éléments d’aménagement intérieur. Une fois séché correctement, il présente parfois des teintes profondes et un veinage recherché.

La récupération sous-marine peut aussi répondre à une logique environnementale. Les entreprises spécialisées avancent qu’extraire ces arbres évite d’ouvrir de nouvelles zones forestières. Cet argument est crédible seulement si l’exploitation respecte un cadre strict et si elle ne détruit pas les habitats aquatiques.

FacteurEffet sur la valeur du bois immergé
Essence de l’arbreLes bois durs rares et décoratifs sont généralement les plus recherchés.
État de conservationUne grume saine, sans fissures profondes ni attaque biologique, peut être mieux valorisée.
Profondeur et accessibilitéUn tronc difficile à atteindre augmente fortement les coûts de récupération.
Séchage et transformationUn séchage lent et contrôlé est indispensable avant la vente ou l’usinage.
TraçabilitéLa documentation de l’origine et des autorisations rassure les acheteurs professionnels.
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Le potentiel économique ne suffit donc pas. La méthode de récupération détermine si cette richesse devient une activité durable ou une nouvelle source de dommages.

Comment récupère-t-on des arbres au fond du lac Kariba ?

La récolte du bois submergé demande une organisation proche des travaux maritimes. Les équipes doivent cartographier les zones de coupe, sécuriser les opérations et éviter les infrastructures, les filets de pêche ou les espaces sensibles.

La préparation commence par un inventaire. Des sonars, des drones de surface, des relevés GPS et parfois des plongeurs professionnels servent à localiser les souches et les grumes. Les opérateurs évaluent la profondeur, la densité du bois et les risques liés au courant.

  1. Repérer les arbres exploitables. Les équipes sélectionnent les troncs qui présentent un volume intéressant et qui ne sont pas situés dans une zone interdite ou écologiquement fragile.
  2. Vérifier les autorisations. La récupération exige des licences, l’accord des autorités compétentes et le respect des règles applicables sur les deux rives du lac, en Zambie comme au Zimbabwe.
  3. Sectionner le tronc sous l’eau. Des scies hydrauliques ou pneumatiques peuvent être utilisées par des plongeurs formés. Dans certaines configurations, une tête de coupe est manipulée depuis une plateforme flottante.
  4. Faire remonter la grume. Des ballons de levage, des câbles et des treuils permettent de contrôler la remontée. Une grume ne doit pas être libérée brutalement, car elle peut devenir dangereuse.
  5. Transporter vers une zone de tri. Le bois est remorqué ou chargé sur barge, puis mesuré, identifié et préparé pour la scierie.
  6. Sécher lentement. Le bois récupéré contient beaucoup d’eau. Il doit sécher progressivement à l’air libre, puis éventuellement dans un séchoir, afin de limiter les fentes et les déformations.

Le processus est coûteux et technique. Une exploitation sérieuse ne peut pas se résumer à remonter des troncs avec une embarcation et quelques câbles.

Des débouchés prometteurs, mais des contraintes très réelles

Le marché du bois immergé vise surtout les fabricants capables de valoriser des pièces singulières. Les grumes peuvent produire des plateaux de table, des panneaux décoratifs, des portes, des escaliers ou du mobilier sur mesure.

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Le bois peut aussi alimenter des scieries locales. Cette piste est importante, car elle permettrait de créer davantage de valeur autour du lac Kariba plutôt que d’exporter uniquement des grumes brutes. La transformation locale nécessite toutefois des équipements, des formations et des contrôles de qualité.

Plusieurs contraintes limitent cette activité :

  • la sécurité des plongeurs et des équipages sur le lac ;
  • le coût élevé du matériel sous-marin et du carburant ;
  • la variation du niveau de l’eau selon les saisons et la production hydroélectrique ;
  • la présence possible de sédiments, de métal ou de corps étrangers dans le bois ;
  • la nécessité de prouver la légalité et la traçabilité du produit final.

Les acheteurs doivent également connaître l’origine exacte de chaque lot. Une belle histoire commerciale ne remplace ni une autorisation d’exploitation ni un contrôle rigoureux de la chaîne d’approvisionnement.

Ce qu’il faut éviter avant de parler d’un jackpot de 3 milliards

Le premier piège consiste à confondre valeur théorique et revenus réels. Un montant de plusieurs milliards de dollars suppose que le volume estimé soit récupérable, vendable et transformable dans de bonnes conditions. C’est rarement le cas pour l’intégralité d’une forêt engloutie.

Le deuxième piège est écologique. Les troncs immergés peuvent former des abris pour les poissons et influencer les habitats du lac. Une extraction massive, sans étude d’impact, pourrait modifier certains équilibres locaux.

Enfin, le bois n’est pas automatiquement prêt à l’emploi après sa remontée. S’il sèche trop vite, il peut se fendre. S’il est mal stocké, il peut être attaqué après extraction. La qualité se joue autant dans le séchage que dans la récupération.

Le lac Kariba rappelle qu’un grand projet énergétique laisse parfois derrière lui des ressources inattendues. La vraie opportunité consiste à les exploiter avec précision, transparence et respect du territoire qui les a conservées pendant plus de soixante ans.

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Marjolaine F.

Marjolaine F.

Curieuse et créative, Marjolaine F. déniche pour vous les tendances culinaires et les innovations autour de la table, mêlant art de vivre et plaisir gustatif.

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