« J’ai fait le tour mais je veux encore m’amuser » : ce restaurant breton ferme pour mieux se réinventer

À Perros-Guirec, une adresse connue pour sa manière singulière de revisiter la crêperie s’apprête à disparaître. Pourtant, cette fermeture n’a rien d’un renoncement. Elle marque plutôt le moment où un restaurateur de 29 ans choisit de quitter une formule qui fonctionne pour retrouver le goût du jeu, de la recherche et d’une cuisine plus personnelle.
Le dernier service approche, mais l’histoire ne s’arrête pas là. Derrière cette décision se dessine une nouvelle table, plus libre et plus affirmée, dont les contours donnent déjà envie de regarder au-delà des galettes.
Pourquoi la fermeture de Gwinizh Du surprend à Perros-Guirec
Gwinizh Du fermera définitivement le 13 novembre. L’annonce a été publiée au début du mois d’octobre sur les réseaux sociaux de cette crêperie installée dans le centre de Perros-Guirec, dans les Côtes-d’Armor.
La nouvelle peut étonner. L’établissement s’était construit une identité claire, à la fois accessible, inventive et engagée. Ses assiettes reposaient sur des produits locaux et de saison, loin de l’image figée que l’on associe parfois à la restauration traditionnelle bretonne.
Cette approche avait aussi attiré l’attention du Guide Michelin. Gwinizh Du a été cité par le guide en janvier 2026, dans un contexte particulièrement favorable pour la ville. Trois nouveaux restaurants de Perros-Guirec ont alors été distingués dans cette sélection, signe d’une scène culinaire locale en mouvement.
Après quatre années d’activité et cinq saisons, la fermeture ne répond donc pas à une absence de reconnaissance. Elle traduit un besoin de transformation. Et c’est précisément cette envie d’aller plus loin qui explique le choix de Clément Meslin.
La réponse : Clément Meslin veut quitter la crêperie pour créer sa propre cuisine
Clément Meslin, 29 ans, ferme sa crêperie pour ouvrir un restaurant. Le restaurateur ne tourne pas le dos aux valeurs qui ont fait connaître Gwinizh Du. Il veut les pousser dans une direction plus vaste, avec une cuisine responsable, locale et encore plus personnelle.
La formule annoncée change nettement de registre. Les galettes laisseront leur place à une carte où le poisson, la fermentation et les boissons vivantes devraient occuper une place importante. L’idée n’est pas de renier la Bretagne, mais de l’aborder autrement, à travers ses ressources marines, ses producteurs et les possibilités offertes par les saisons.
Le poisson peut permettre de valoriser les arrivages et le travail des pêcheurs locaux. La fermentation ouvre, elle, un terrain de jeu plus large. Lactofermentation de légumes, condiments acidulés, pain au levain, sauces complexes ou boissons fermentées apportent du relief sans exiger des produits venus de loin.
Ces techniques correspondent à une cuisine attentive au vivant et aux cycles naturels. Elles peuvent aussi limiter le gaspillage en prolongeant certains produits à leur meilleur moment. Mais elles demandent du temps, de la précision et une vraie envie d’expérimenter. C’est là que le nouveau projet de Clément Meslin semble vouloir se distinguer.
Ce que cette nouvelle identité devrait changer dans l’assiette
Le futur restaurant annoncé ne repose pas seulement sur un changement de nom ou de décoration. Il s’appuie sur une autre manière de composer un repas. Dans une crêperie, la galette de sarrasin structure naturellement l’offre. Ici, le cuisinier pourra construire ses assiettes au gré des saisons, des récoltes et des produits disponibles.
La démarche évoquée par Clément Meslin privilégie des ingrédients de proximité. Le poisson pourra devenir le point de départ d’une assiette, accompagné de légumes locaux, d’herbes, de céréales ou de préparations fermentées. Cette cuisine peut faire varier les textures et les saveurs, entre iode, acidité, douceur et croquant.
Les boissons vivantes s’inscrivent dans la même logique. Cette expression désigne généralement des boissons dont les fermentations ou les levures restent actives, selon leur méthode de fabrication et leur évolution. Elles peuvent inclure des boissons fermentées artisanales, pensées pour dialoguer avec les plats plutôt que simplement les accompagner.
Le changement promet donc une expérience moins codifiée. Les clients ne viendront plus seulement chercher une galette bien garnie, mais une proposition de cuisine complète, susceptible d’évoluer régulièrement. Une telle liberté permet de travailler au plus près du produit, à condition de rester cohérent. C’est justement ce point qui semble central dans le projet.
Un parcours déjà guidé par les produits locaux et les saisons
Clément Meslin avait acheté le lieu en juin 2022. Gwinizh Du est devenu, au fil des saisons, un laboratoire à taille humaine pour affirmer une vision de la restauration. Celle d’une adresse capable de proposer une offre originale tout en gardant un lien concret avec le territoire.
En quatre ans et cinq saisons, le jeune restaurateur s’est forgé une image de professionnel engagé. Le mot ne renvoie pas ici à un discours abstrait. Il s’incarne dans le choix de produits locaux, dans l’attention portée à la saisonnalité et dans une volonté de proposer une cuisine réfléchie.
| Repère | Élément connu |
|---|---|
| Établissement actuel | Gwinizh Du, crêperie originale |
| Lieu | Centre de Perros-Guirec, Côtes-d’Armor |
| Restaurateur | Clément Meslin, 29 ans |
| Achat du lieu | Juin 2022 |
| Durée d’activité évoquée | Quatre années et cinq saisons |
| Reconnaissance | Cité par le Guide Michelin en janvier 2026 |
| Fermeture annoncée | 13 novembre |
La cuisine locale ne signifie pas qu’une carte reste identique toute l’année. Au contraire, elle suppose d’accepter les variations. Un produit manque, une pêche évolue, une récolte arrive plus tôt ou plus tard : le restaurant doit s’adapter. Cette souplesse pourrait devenir l’un des marqueurs les plus visibles de la future adresse.
Fermentation, poisson et saisonnalité : des choix qui demandent de la rigueur
La fermentation est souvent perçue comme une tendance. Pourtant, elle impose une méthode stricte. Température, hygiène, temps de repos et équilibre entre sel, acidité et sucre influencent directement le résultat. Il ne suffit pas d’ajouter un condiment fermenté à une assiette pour construire une cuisine cohérente.
Le poisson exige la même précision. Sa fraîcheur, sa provenance, la saison, les espèces disponibles et la cuisson déterminent son intérêt. Dans une démarche locale, l’enjeu consiste aussi à ne pas réduire la carte aux espèces les plus connues. Des arrivages moins attendus peuvent devenir remarquables lorsqu’ils sont bien travaillés.
- Choisir des produits de saison permet de respecter le rythme des récoltes et des arrivages.
- Fermenter avec maîtrise apporte profondeur et conservation, sans masquer le produit principal.
- Valoriser le poisson demande une attention constante à la fraîcheur et aux disponibilités.
- Construire des accords de boissons peut prolonger l’identité d’une cuisine sans la surcharger.
La cohérence se jouera aussi dans la lisibilité de l’offre. Une cuisine créative reste plus convaincante lorsque le convive comprend ce qu’il mange et perçoit le lien entre le territoire, la saison et l’assiette.
Le détail essentiel : réinventer le restaurant sans perdre l’équilibre
La fermeture de Gwinizh Du porte une idée plus large qu’un simple changement de concept. Pour Clément Meslin, il s’agit de conserver un équilibre, dans l’assiette comme dans la vie. Cette recherche donne une autre lecture à sa décision : évoluer, sans s’enfermer dans une réussite déjà acquise.
Le risque serait de vouloir tout transformer d’un coup ou de multiplier les effets. Or, l’identité qui a rendu Gwinizh Du remarquable reposait déjà sur une forme de simplicité réfléchie : une cuisine locale, de saison et pleine d’idées. Le futur restaurant devra conserver cette clarté.
À Perros-Guirec, le 13 novembre marquera donc la fin d’une crêperie citée par le Guide Michelin. Mais pour Clément Meslin, ce sera surtout le début d’un nouveau terrain d’expression, où le poisson, les fermentations et les boissons vivantes pourront raconter une Bretagne différente.