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Recettes

Cuisine militante : cette blogueuse belge publie un livre de recettes engagées qui fait déjà beaucoup parler

Une couverture rouge et rose, une épigraphe signée Bernard Lavilliers et une préface de Philippe Poutou : le ton est donné avant même d’ouvrir l’ouvrage. Pourtant, derrière la provocation amusée du projet, il y a des plats concrets, des conversations et une autre façon de penser l’assiette. Ici, cuisiner ne sert pas seulement à recevoir : cela devient une manière de prendre position.

La blogueuse belge Owi Owi propose une cuisine généreuse, accessible et politique, sans transformer le repas en leçon de morale. Son idée ? Faire de la table un lieu de discussion aussi bien que de plaisir. Reste à comprendre ce qui fait tant parler de ce livre singulier.

Pourquoi la cuisine peut devenir un sujet politique

La cuisine semble parfois relever de l’intime : on fait ses courses, on prépare un dîner, on partage un plat avec ses proches. Mais nos choix alimentaires posent aussi des questions collectives. La place de la viande, l’accès à une nourriture de qualité, la transmission des recettes ou les conditions de travail en cuisine ne sont jamais totalement neutres.

Owi Owi part justement de cette idée. Dans son livre, les recettes servent de point de départ pour évoquer le féminisme, le gastronationalisme et notre rapport à la viande. L’approche se veut souvent humoristique, mais elle ne traite pas ces thèmes comme de simples décorations.

La blogueuse oppose sa vision à ce qu’elle appelle une cuisine de droite. Selon elle, celle-ci repose d’abord sur la nostalgie de recettes prétendument authentiques. Or une recette n’est pas figée : elle change avec les produits disponibles, les migrations, les habitudes familiales et les goûts de chaque époque.

Cette nostalgie fantasme aussi un passé où la viande aurait coulé à flots, jusqu’à « se rouler dans le cochon ». Owi Owi y voit une mise en scène encore visible aujourd’hui dans certains imaginaires, notamment celui du Canon français. Mais son projet ne consiste pas à bannir les plaisirs de table : il invite plutôt à les regarder autrement.

Cette réflexion prend une forme très identifiable, portée par une personnalité politique souvent associée à la gauche radicale. C’est précisément là que le livre dévoile son principe.

Le livre d’Owi Owi : recevoir Philippe Poutou, mais surtout ses camarades

L’ouvrage s’intitule « Le livre de recettes pour quand tu reçois Philippe Poutou à dîner ». Il est signé par Owi Owi, blogueuse culinaire belge, et paraît aux éditions Nouriturfu. Son titre joue avec la figure de Philippe Poutou, ancien candidat à l’élection présidentielle et personnalité anticapitaliste bordelaise.

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Le livre compte 112 pages et coûte 14 euros. Il doit arriver en librairie le 23 octobre. Philippe Poutou en signe la préface, tandis que Bernard Lavilliers apparaît en épigraphe. Le choix n’a rien d’anodin : l’objet affiche immédiatement une identité militante, populaire et volontiers décalée.

Selon Owi Owi, l’idée vient de Nouriturfu, qui lui a proposé de bâtir un livre de cuisine autour de Philippe Poutou. Elle raconte n’avoir pas pu refuser, d’autant qu’elle pouvait y développer ses réflexions sur une « cuisine de gauche ».

Avant leur rencontre, l’auteure imaginait un mangeur simple et enthousiaste. Elle a découvert quelqu’un qui apprécie notamment le riz et les œufs, mange de tout et se définit comme omnivore. Cette position ne l’empêche pas de s’intéresser à la réduction de la consommation de viande.

Le travail s’est nourri d’un après-midi passé à Bordeaux, dans la librairie de Philippe Poutou. Owi Owi y a échangé avec lui et avec Béatrice Walylo, sa compagne, autour des grands enjeux de l’alimentation et de leurs goûts respectifs. Elle décrit un moment chaleureux et très détendu. Une information plus légère complète ce portrait : tous deux partagent une aversion pour les choux de Bruxelles.

Ce livre ne vise donc pas les amateurs de banquets franchouillards figés dans leurs codes. Il s’adresse plutôt à celles et ceux qui souhaitent nourrir leurs camarades avec des idées, du goût et un peu de recul. Encore faut-il savoir comment cette cuisine s’exprime dans l’assiette.

Une cuisine majoritairement végétale qui mise sur l’umami

Les recettes d’Owi Owi sont principalement végétariennes. Elles ne sont pas strictement végétaliennes, puisque certaines peuvent contenir du chorizo ou des anchois. Cette nuance correspond à la position omnivore de l’auteure et de Philippe Poutou : réduire la viande ne signifie pas forcément l’éliminer totalement.

Le fil conducteur gustatif est l’umami, cette saveur profonde et savoureuse que l’on associe souvent au bouillon, aux aliments fermentés, aux fromages affinés ou à certaines cuissons. Dans la cuisine occidentale, beaucoup pensent encore que cette sensation dépend presque uniquement de la viande.

Owi Owi dénonce une forme de paresse culinaire. Elle rappelle que l’on peut renforcer la profondeur d’un plat avec des ingrédients simples, dont plusieurs apparaissent naturellement dans son univers :

  • le miso, pâte fermentée qui apporte du sel et de la longueur en bouche ;
  • le parmesan, riche en notes salées et affinées ;
  • la sauce soja, utile pour relever une sauce, un bouillon ou des légumes ;
  • les champignons rôtis, dont la cuisson concentre les arômes ;
  • les anchois, en petite quantité, pour donner du relief ;
  • le chorizo, utilisé ponctuellement pour ses notes fumées et épicées.
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Le principe n’est pas de reproduire artificiellement la viande. Il consiste à construire des assiettes complètes, avec du contraste, du gras, de l’acidité, du croustillant et une vraie intensité aromatique. C’est une façon très concrète de sortir de la viande centrale, sans tomber dans des plats fades ou punitifs.

Cette logique peut s’appliquer à une cuisine quotidienne. Quelques gestes suffisent pour changer l’équilibre d’un repas.

Comment adopter cette approche dans sa propre cuisine

La cuisine engagée défendue par Owi Owi n’impose pas un menu unique. Elle invite surtout à modifier la manière de composer les plats. Voici une méthode simple pour préparer un dîner végétal ou majoritairement végétal, sans renoncer à la gourmandise.

  1. Commencez par un produit végétal central. Choisissez des légumes de saison, des légumineuses, du riz, des pommes de terre ou des pâtes. Un plat devient plus satisfaisant lorsqu’il possède une base généreuse et nourrissante.
  2. Ajoutez une source d’umami. Incorporez une cuillère de miso dans un bouillon, quelques gouttes de sauce soja dans une vinaigrette, du parmesan râpé ou des champignons bien rôtis. L’objectif est d’obtenir une saveur profonde dès les premières bouchées.
  3. Soignez la cuisson. Faites rôtir les champignons jusqu’à ce qu’ils soient dorés et concentrés. Laissez caraméliser les légumes au four plutôt que de seulement les cuire à l’eau. La coloration apporte des notes plus complexes.
  4. Jouez sur les textures. Associez du fondant, du croquant et du crémeux. Des légumes rôtis, une céréale moelleuse et une garniture grillée donnent davantage de relief qu’une assiette uniforme.
  5. Utilisez les produits animaux comme accent, si vous le souhaitez. Un peu de chorizo ou quelques anchois peuvent relever un plat. Ils ne sont plus nécessairement l’élément principal de l’assiette.
  6. Servez un repas qui se partage. Placez les plats au centre de la table, prévoyez des portions souples et laissez les convives se servir. L’idée de solidarité défendue par Owi Owi commence aussi dans cette convivialité.

Cette méthode ne demande pas de prétendre retrouver une recette ancienne et immuable. Elle assume au contraire les mélanges, les adaptations et les réinventions. C’est justement ce qui éloigne cette cuisine de la nostalgie gastronomique.

Ce que recouvre vraiment l’idée de « cuisine de gauche »

Pour Owi Owi, cuisiner est une manière d’être au monde. Elle défend une pratique qui résiste à tout ce qui peut rendre les individus petits, dépendants ou interchangeables. L’enjeu dépasse donc le contenu d’une casserole : il touche à l’autonomie, au partage des savoir-faire et à la possibilité de nourrir les autres.

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À l’inverse, elle associe la cuisine de droite à plusieurs images : les émissions organisées autour de la compétition, les grands chefs criant sur leur brigade, la production continue et une logique d’exclusion. Dans cette vision, la grande cuisine appartiendrait à ceux qui la méritent, sous la forme d’une culture de l’excellence.

Son livre prend le contre-pied de cette hiérarchie. Il ne sacralise pas le chef ni le repas luxueux. Il remet les recettes à hauteur de table, pour des personnes qui cuisinent ensemble et discutent de ce qu’elles mangent.

La référence à Philippe Poutou est aussi compréhensible en Belgique, même s’il y est moins connu qu’en France. Les Belges suivent beaucoup la politique française, et il s’était présenté aux dernières élections européennes. Sa participation au débat télévisé de l’élection présidentielle de 2017 a également marqué les esprits par des interventions directes et tenaces.

Cette approche ouvre enfin la porte à d’autres figures politiques. Owi Owi plaisante sur l’idée d’un livre destiné à recevoir François Fillon, à condition qu’il ait d’abord rendu l’argent. Elle cite aussi Zohran Mamdani, maire de New York selon elle, pour les changements qu’il mettrait en place autour de l’accès de tous à la nourriture.

Les pièges à éviter quand on veut cuisiner plus engagé

Premier piège : croire qu’une cuisine moins carnée doit être triste. L’umami, les épices, les sauces, le rôtissage et les textures permettent de construire des plats très gourmands. Réduire la viande exige surtout de penser autrement l’assaisonnement.

Deuxième piège : transformer l’authenticité en règle absolue. Les traditions culinaires évoluent sans cesse. Une recette modifiée n’est pas forcément moins légitime, surtout lorsqu’elle s’adapte aux produits, aux convictions ou aux personnes réunies autour de la table.

Enfin, une cuisine engagée ne se réduit pas à un discours. Elle gagne à rester hospitalière, joyeuse et praticable. Un bon dîner rassemble davantage qu’il ne donne des consignes.

Owi Owi sera en dédicace le 23 octobre à la librairie Les 400 Coups, à Bordeaux. Son livre propose surtout une idée simple : un plat bien pensé peut nourrir les corps, mais aussi les discussions qui comptent.

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Clémentine B.

Clémentine B.

Passionnée de saveurs et d'histoires culinaires, Clémentine B. explore pour vous les trésors de la cuisine française et internationale, avec un goût prononcé pour les recettes traditionnelles revisitées.

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